AUTOBIOGRAPHIE DE CÉLINE SERVAIS


 
Automne '68. Une copine me suggère de s'inscrire au judo. Après avoir assisté à deux cours, elle quitte. De mon côté, mes parents m'ont acheté un judogi à gros prix, je ne peux me permettre d'abandonner. Je continue donc…

Les semaines passent et j'apprends à goûter cet art. Projeter quelqu'un, partir moi-même dans les airs avec contrôle et retomber sur le tatami sans douleur, ou presque! Le plaisir de la sensation du corps dans l'espace. S'ajoute à cela un côté social qui, à l'âge de 15 ans à peine, me plaît. Chemin faisant, j'obtiens mon shodan en 1974. Les trois filles et moi qui nous présentons à l'examen sommes les premières au Québec à atteindre ce degré. Je suis alors très fière de me retrouver à la une du Soleil et de remplir toute la première page du cahier des sports… ce n'est pas rien!

Parallèlement, lorsque je suis au cégep, je pratique le karaté de style Yoseikan. En 1979, après mes études en physiothérapie, je quitte Québec pour Montréal où je mets mes deux premiers enfants au monde, tout en pratiquant le judo et le karaté d'Alexander's Dan, style que l'on pourrait qualifier de « privé ».

De retour à Québec en 1982, je poursuis le karaté, mais de style shotokan cette fois-ci, avec sensei Jean Lachance. En raison de mes obligations familiales, je m'entraîne souvent à la maison avec une amie, sous le regard attentif de mon fils aîné. Lorsqu'un jour quelqu'un lui demande s'il allait pratiquer le karaté lorsqu'il serait plus grand, sa réponse est : " Non. Le karaté, c'est une affaire de filles! ". Après la naissance de mon troisième et dernier enfant, je passe les grades de shodan en 1985 et de nidan en 1989. Je dois dire que c'est avec plaisir que, au fil des ans, je vois chacun de mes trois enfants toucher aux arts martiaux. L'un d'eux obtient son shodan en Iaïdo.

Malheureusement, une blessure grave m'oblige à cesser l'entraînement. Pour moi c'est un drame. La blessure signifie que je dois faire le deuil du karaté et de mon bien-être physique. Cette épreuve a toutefois un effet déterminant dans ma vie; je décide d'approfondir la dynamique du corps humain et développe ainsi une autre passion qui m'attire depuis longtemps, l'ostéopathie. À ce moment-là, je doute même d'être en mesure d'exercer cette profession exigeante physiquement. Subtilement, le sens du combat fait son œuvre et j'espère trouver remède à mon handicap.

Puis, en l'an 2000, une autre amie me suggère de l'accompagner au Bokado du Centre de loisirs Montcalm. Mes craintes sont grandes. Avec étonnement, je réussis à me remettre en forme. Après quelque temps, je bifurque vers le dojo de sensei Denis Houde, Québec Shotokan. Avec le soutien et l'encouragement de Denis, je me présente et réussis l'examen de sandan à l'été 2006.

Il m'est devenu impératif d'être assidue à l'entraînement même s'il me faut souvent faire des pirouettes pour y consacrer le temps désiré. Je tiens aussi, dans la mesure du possible, à participer aux différents événements entourant le karaté. Avec mes cinquante ans passés, mon corps se modifie. Grâce à la discipline, il s'adapte et progresse toujours. De même, par le karaté, mon esprit explore constamment de nouvelles voies intérieures, sources de découvertes et de plaisir.

D'avoir surmonté les barrières qui se sont dressées au cours des années a éveillé chez moi une réelle conscience de l'importance de persévérer dans ce qui m'anime dans la vie. Un souffle nouveau habite mon entraînement.

Bref, le karaté est devenu pour moi aussi bien un art de vivre qu'un art de combat.




Céline Servais
Sandan
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